édition juillet-août 2005

Un rapport français sur les phyto-estrogènes jette un froid sur le soja

Les deux agences françaises chargées de la sécurité sanitaire des aliments et des médicaments viennent de publier un rapport commun* sur les bénéfices et risques de la consommation de phyto-estrogènes. Le soja ne serait pas si cool que cela avec les femmes... Précisions.

Les phyto-estrogènes sont des molécules dont la structure est très proche de celle des estrogènes (hormones féminines), et elles agiraient un peu comme ceux-ci. Afin d'émettre des recommandations sur la consommation de ces produits d'origine végétale, les experts ont étudié plus de 1500 publications scientifiques, concernant essentiellement les isoflavones, une des familles de phyto-estrogènes présentes en grande quantité dans le soja. Le CERIN** vous livre un résumé de leurs observations:

Les effets des phyto-estrogènes sur la santé des femmes:

Sur les bouffées de chaleur:
A la ménopause, un certain nombre de femmes fortement gênées par des bouffées de chaleur peuvent être amenées à prendre des compléments alimentaires à base de soja, afin de diminuer ces signes cliniques. Pourtant, les résultats d'études menées auprès de populations de pays différents ne montrent pas d'effets bénéfiques évidents de la prise de phyto-estrogènes. Ces compléments alimentaires semblent surtout avoir un effet placebo.
Sur l'ostéoporose:
Les études conduites sur le rôle des phyto-estrogènes sur la densité minérale de l'os donnent des résultats contradictoires. Quant à celles conduites sur le risque de fracture liée à l'ostéoporose, elles sont inexistantes. Si les phyto-estrogènes exercent un effet sur l'ostéoporose, ce qui reste à vérifier, celui-ci ne peut être que modéré.
Sur le cancer du sein:
On a montré récemment une augmentation du risque de cancer du sein liée à la prise de certains traitements hormonaux substitutifs de la ménopause, d'où le questionnement sur les phyto-estrogènes. Les experts recommandent une certaine prudence pour les femmes qui ont des antécédents familiaux ou personnels de cancer du sein. Par ailleurs, si les femmes asiatiques, consommatrices de soja, ont moins de cancers du sein, ce constat ne peut être transposé à la femme occidentale, dont le métabolisme et le mode de vie sont différents. De plus, chez les femmes asiatiques, des facteurs environnementaux autres que le soja peuvent intervenir.
Sur les maladies cardio-vasculaires:
Alors qu'on observe un effet bénéfique sur la tonicité des vaisseaux avec une certaine dose d'isoflavones, on observe un effet inverse ainsi qu'un effet inflammatoire avec des doses plus importantes. Quant au taux de cholestérol, il n'est pas modifié par la prise de phyto-estrogènes (isoflavones): seul un apport de 30g de protéines de soja par jour peut le faire baisser s'il est excessif.
Sur la thyroïde:
Les isoflavones augmentent les besoins en hormones thyroïdiennes chez les hypothyroïdiens.
Sur l'immunité et le système nerveux central:
Les effets des phyto-estrogènes sur l'immunité ou sur le système nerveux central ne sont pas confirmés et demandent des études complémentaires.

Recommandations pour la population française:


Pour la population générale:
La consommation modérée de soja dans le cadre d'une alimentation variée ne présente pas de risque. La limite de sécurité recommandée est de 1 mg de phyto-estrogène par kg de poids et par jour, soit 60 mg pour un adulte de 60 kg.Cette quantité est atteinte avec un dessert fermenté au soja et un grand verre de tonyu (jus de soja). Attention donc aux enfants de plus de 3 ans, chez qui cette dose peut rapidement être dépassée. Quant à la prise de compléments alimentaires, qui peut entraîner une surconsommation de phyto-estrogènes, la prudence est conseillée.
Pour les groupes à risque:
- Les antécédents familiaux ou personnels de cancer du sein et les hypothyroïdies doivent être pris en compte.
- Pour les bébés, il est recommandé de ne pas utiliser de préparations pour nourrissons ou de préparations de suite à base de soja apportant plus de 1 mg de phyto-estrogènes par litre de préparation reconstituée.
- Les femmes enceintes doivent également limiter leur consommation de phyto-estrogènes.

En conclusion:

Beaucoup d'inconnues demmeurent sur les phyto-estrogènes. Des études complémentaires sont nécessaires afin de confirmer ou d'infirmer les bénéfices et risques liés à leur consommation, en particulier pour les familles de phyto-estrogènes peu connues. Les tables de composition des aliments, dont les données sont très partielles, devront être complétées, pour permettre d'estimer au mieux les apports alimentaires et d'améliorer l'étiquetage des produits.
En attendant d'en savoir plus, la prudence est tout de même recommandée vis-à-vis des compléments alimentaires et des préparations infantiles à base de soja.



* Rapport AFSSA et AFSSAPS "Sécurité et bénéfices des phyto-estrogènes apportés par l'alimentation - Recommandations", disponible sur www.afssa.fr
** Centre de Recherche et d'Information Nutritionnelles (Paris)

 
Estimation de la consommation d'isoflavones dans la population française:

Très peu de données sont disponibles sur la composition en isoflavones des aliments. Les estimations sont sous-évaluées, d'autant que l'on constate l'absence de chiffres pour certains produits manufacturés contenant des dérivés du soja.
Chez les non-consommateurs de soja, les isoflavones proviennent des légumes, fruits et céréales. Les apports quotidiens sont estimés à 26 µg chez l'adulte et 18 µg chez l'enfant de 3 à 15 ans. les habitués du soja en consomment en moyenne 15 mg/jour, soit 1000 à 10 000 fois plus. Les plus gros consommateurs sont les Japonais, avec 45 mg/jour en moyenne.
Pour les autres familles de phyto-estrogènes, l'abscence de données rend difficile l'estimation de leur consommation.
Quant aux compléments alimentaires, les doses préconisées par les fabricants augmentent les apports en isoflavones de 40 mg/jour, quantité comparable à la consommation des Japonais.



Le cas particulier des nourrissons:

Le cas des nourrissons qui prennent des préparations infantiles à base de soja pendant les premiers mois de la vie a été examiné. Ainsi, un bébé qui prend 800 ml à 1 l/jour de ces préparations consomme 25 à 47 mg d'isoflavones*, alors que le lait maternel ou les préparations à base de lait de vache en apportent très peu. Les conséquences de l'absorption de telles doses d'isoflavones chez le nourrisson ne sont pas connues aujourd'hui. Mais les études réalisées chez l'animal incitent à la prudence: on note des effets négatifs possibles sur la croissance, la puberté, l'immunité, la fertilité... Si l'enfant est à risque d'allergie, le programme National Nutrition Santé (PNNS) préconise le lait maternel en priorité ou un lait hypo-allergénique (HA) au moins jusqu'à 6 mois, de préférence aux préparations infantiles à base de soja, les protéines de soja pouvant elles-mêmes être responsables d'allergies.

* soit 3 à 4 mg/kg de poids pour un bébé de 4 mois


Recommandations pour une meilleure information:

Puisqu'une limite des apports est recommandée et des groupes à risques identifiés, l'étiquetage des produits devient nécessaire. Les produits à base de soja (jus, tofu, desserts...) devraient comporter les mentions suivantes:
la teneur en isoflavones
les mentions "à consommer avec modération" (limiter la consommation quotidienne à 1 mg/kg de poids corporel) et "déconseillé aux enfants de moins de 3 ans"
les compléments alimentaires devraient, en plus, comporter un avertissment destiné aux femmes ayant des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein.


 

Source: CERIN

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