|
Un
rapport français sur les phyto-estrogènes jette
un froid sur le soja
Les
deux agences françaises chargées de la sécurité
sanitaire des aliments et des médicaments viennent de publier
un rapport commun* sur les bénéfices et risques
de la consommation de phyto-estrogènes. Le soja ne serait
pas si cool que cela avec les femmes...
Précisions.
Les phyto-estrogènes sont des molécules dont la
structure est très proche de celle des estrogènes
(hormones féminines), et elles agiraient un peu comme ceux-ci.
Afin d'émettre des recommandations sur la consommation
de ces produits d'origine végétale, les experts
ont étudié plus de 1500 publications scientifiques,
concernant essentiellement les isoflavones, une des familles de
phyto-estrogènes présentes en grande quantité
dans le soja. Le CERIN** vous livre un résumé de
leurs observations:
Les effets des phyto-estrogènes
sur la santé des femmes:
Sur les
bouffées de chaleur:
A la ménopause, un certain nombre de femmes fortement gênées
par des bouffées de chaleur peuvent être amenées
à prendre des compléments alimentaires à
base de soja, afin de diminuer ces signes cliniques. Pourtant,
les résultats d'études menées auprès
de populations de pays différents ne montrent pas d'effets
bénéfiques évidents de la prise de phyto-estrogènes.
Ces compléments alimentaires semblent surtout avoir un
effet placebo.
Sur l'ostéoporose:
Les études conduites sur le rôle des phyto-estrogènes
sur la densité minérale de l'os donnent des résultats
contradictoires. Quant à celles conduites sur le risque
de fracture liée à l'ostéoporose, elles sont
inexistantes. Si les phyto-estrogènes exercent un effet
sur l'ostéoporose, ce qui reste à vérifier,
celui-ci ne peut être que modéré.
Sur le
cancer du sein:
On a montré récemment une augmentation du risque
de cancer du sein liée à la prise de certains traitements
hormonaux substitutifs de la ménopause, d'où le
questionnement sur les phyto-estrogènes. Les experts recommandent
une certaine prudence pour les femmes qui ont des antécédents
familiaux ou personnels de cancer du sein. Par ailleurs, si les
femmes asiatiques, consommatrices de soja, ont moins de cancers
du sein, ce constat ne peut être transposé à
la femme occidentale, dont le métabolisme et le mode de
vie sont différents. De plus, chez les femmes asiatiques,
des facteurs environnementaux autres que le soja peuvent intervenir.
Sur les
maladies cardio-vasculaires:
Alors qu'on observe un effet bénéfique sur la tonicité
des vaisseaux avec une certaine dose d'isoflavones, on observe
un effet inverse ainsi qu'un effet inflammatoire avec des doses
plus importantes. Quant au taux de cholestérol, il n'est
pas modifié par la prise de phyto-estrogènes (isoflavones):
seul un apport de 30g de protéines de soja par jour peut
le faire baisser s'il est excessif.
Sur la
thyroïde:
Les isoflavones augmentent les besoins en hormones thyroïdiennes
chez les hypothyroïdiens.
Sur l'immunité
et le système nerveux central:
Les effets des phyto-estrogènes sur l'immunité ou
sur le système nerveux central ne sont pas confirmés
et demandent des études complémentaires.
Recommandations pour la population française:
Pour la
population générale:
La consommation modérée de soja dans le cadre d'une
alimentation variée ne présente pas de risque. La
limite de sécurité recommandée est de 1 mg
de phyto-estrogène par kg de poids et par jour, soit 60
mg pour un adulte de 60 kg.Cette quantité est atteinte
avec un dessert fermenté au soja et un grand verre de tonyu
(jus de soja). Attention donc aux enfants de plus de 3 ans, chez
qui cette dose peut rapidement être dépassée.
Quant à la prise de compléments alimentaires, qui
peut entraîner une surconsommation de phyto-estrogènes,
la prudence est conseillée.
Pour les
groupes à risque:
- Les antécédents
familiaux ou personnels de cancer du sein et les hypothyroïdies
doivent être pris en compte.
- Pour les bébés,
il est recommandé de ne pas utiliser de préparations
pour nourrissons ou de préparations de suite à base
de soja apportant plus de 1 mg de phyto-estrogènes par
litre de préparation reconstituée.
- Les femmes enceintes doivent
également limiter leur consommation de phyto-estrogènes.
En conclusion:
Beaucoup d'inconnues demmeurent sur les phyto-estrogènes.
Des études complémentaires sont nécessaires
afin de confirmer ou d'infirmer les bénéfices et
risques liés à leur consommation, en particulier
pour les familles de phyto-estrogènes peu connues. Les
tables de composition des aliments, dont les données sont
très partielles, devront être complétées,
pour permettre d'estimer au mieux les apports alimentaires et
d'améliorer l'étiquetage des produits.
En attendant d'en savoir plus, la prudence est tout de même
recommandée vis-à-vis des compléments alimentaires
et des préparations infantiles à base de soja.
* Rapport AFSSA et AFSSAPS "Sécurité et bénéfices
des phyto-estrogènes apportés par l'alimentation
- Recommandations", disponible sur www.afssa.fr
** Centre de Recherche et d'Information Nutritionnelles (Paris)
|
|
Estimation
de la consommation d'isoflavones dans la population française:
Très peu de données sont disponibles sur la
composition en isoflavones des aliments. Les estimations sont
sous-évaluées, d'autant que l'on constate l'absence
de chiffres pour certains produits manufacturés contenant
des dérivés du soja.
Chez les non-consommateurs de soja, les isoflavones proviennent
des légumes, fruits et céréales. Les
apports quotidiens sont estimés à 26 µg
chez l'adulte et 18 µg chez l'enfant de 3 à 15
ans. les habitués du soja en consomment en moyenne
15 mg/jour, soit 1000 à 10 000 fois plus. Les plus
gros consommateurs sont les Japonais, avec 45 mg/jour en moyenne.
Pour les autres familles de phyto-estrogènes, l'abscence
de données rend difficile l'estimation de leur consommation.
Quant aux compléments alimentaires, les doses préconisées
par les fabricants augmentent les apports en isoflavones de
40 mg/jour, quantité comparable à la consommation
des Japonais.
|
Le
cas particulier des nourrissons:
Le cas des nourrissons qui prennent des préparations
infantiles à base de soja pendant les premiers mois
de la vie a été examiné. Ainsi, un bébé
qui prend 800 ml à 1 l/jour de ces préparations
consomme 25 à 47 mg d'isoflavones*, alors que le lait
maternel ou les préparations à base de lait
de vache en apportent très peu. Les conséquences
de l'absorption de telles doses d'isoflavones chez le nourrisson
ne sont pas connues aujourd'hui. Mais les études réalisées
chez l'animal incitent à la prudence: on note des effets
négatifs possibles sur la croissance, la puberté,
l'immunité, la fertilité... Si l'enfant est
à risque d'allergie, le programme National Nutrition
Santé (PNNS) préconise le lait maternel en priorité
ou un lait hypo-allergénique (HA) au moins jusqu'à
6 mois, de préférence aux préparations
infantiles à base de soja, les protéines de
soja pouvant elles-mêmes être responsables d'allergies.
* soit 3 à 4 mg/kg de poids pour un bébé
de 4 mois
|
Recommandations
pour une meilleure information:
Puisqu'une limite des apports est recommandée et des
groupes à risques identifiés, l'étiquetage
des produits devient nécessaire. Les produits à
base de soja (jus, tofu, desserts...) devraient comporter
les mentions suivantes:
la teneur
en isoflavones
les mentions
"à consommer avec modération" (limiter
la consommation quotidienne à 1 mg/kg de poids corporel)
et "déconseillé aux enfants de moins de
3 ans"
les compléments
alimentaires devraient, en plus, comporter un avertissment
destiné aux femmes ayant des antécédents
personnels ou familiaux de cancer du sein.
|
|
|